Résistance allemande sous le nazisme: l’étude de Through the darkest of times

Résistance allemande sous le nazisme: l’étude de Through the darkest of times

2 février 2020 Non Par Romain Vincent

Through Darkest of Times un jeu développé par les allemands de Paintbuckets games, Le jeu a été annoncé le 30 janvier 2019, il est sorti le 30 janvier 2020, et nous met dans la peau de résistants allemands à partir du 30 janvier 1933. Un jeu qui se veut évidemment mémoriel et qui est considéré, par ses développeurs eux même, comme un serious game.

Through Darkest of Times est un jeu de stratégie dans lequel on gère un groupe de résistants après la prise du pouvoir d’Hitler. On a en gros deux phases : une de gestion au cours de laquelle on doit envoyer nos résistants en mission en fonction des objectifs et de leurs caractéristiques propres, et une autre plus narrative où l’on doit faire des choix de dialogues ou d’actions lors des évènements marquants du III reich comme l’incendie du Reichtag par exemple.

On incarne donc un ou une résistante, généré aléatoirement, socialiste, communiste, conservateur chrétien, les choix semblent variés pour nous faire incarner les différentes tendances politiques de l’époque qui se sont toutes, à des degrés divers, opposés au nazi. Cependant, ce réalisme historique… explose dès la première minute de jeu. Parce que l’appartenance politique de nos autres compagnons de lutte sont également pris au hasard, et voir son personnage socialiste devoir lutter main dans la main avec un communiste et un libéral, prête largement à sourire, quand on sait que socialistes et communistes se sont livrer une lutte féroce pendant la montée en puissance du parti nazi. Through the darkest of times réunit donc tous ce monde sous la même bannière et donne un goût curieux de « d’unité polique» contre l’ennemi éternel dans les jeux vidéo. La Résistance, au singulier, est régulièrement rappelé dans le jeu. Alors je ne vais pas profiter de ce jeu pour vous livrer un cours sur la Résistance allemande car ça aurait pour effet de nous éloigner largement du jeu. Je vous recommanderai simplement l’ouvrage de Barbara Koehn, qui est vraiment accessible pour un public novice sur le sujet. Les développeurs auraient pu choisir l’Orchestre Rouge, nom donné par la gestapo à un ensemble disparate de militants à dominante bolchéviks ? Mais le jeu aurait surement été trop politique. Incarner la Rose blanche ? Un groupe d’étudiants connus pour avoir diffusé plusieurs séries de tracts, étaient surement trop peu spectaculaire pour un jeu vidéo. D’ailleurs, la Rose blanche est mentionnée et la scène de distribution des tracts au dessus de la balustrade. A voir si le jeu en parle plus tard.

Through Darkest of Times prend donc quelques larges libertés avec le passé sauf que ce point de vuec’est celui du prof d’Histoire.

En effet, le joueur se voit offrir différentes possibilités de gameplay : Pour réussir une mission, nous devons envoyer nos membres en fonction de leurs avoir tendances politiques. Par exemple, pour avoir le soutien financier des ouvriers, il est plus pertinent d’envoyer un communiste. Le fait d’avoir un groupe mixte entraînent des brouilles entre les membres qui ne s’entendent pas sur la marche à suivre, cela rajoute donc des choix et autres embranchements scénaristiques au jeu, même si à première vue, les variations semblent assez limitées.

Historique, ça ne tient pas la route. Ludiquement, c’est plutôt cool à jouer.

Les missions sont variées, allant de l’espionnage, à la confection de tract, jusqu’à l’organisation de réunion pour étendre votre réseau, Darkest of Times offre finalement une autre représentation que celle de la Résistance armée que l’on retrouve souvent dans les jeux vidéo, c’est toujours bon à prendre, ne crachons pas dans la soupe, c’est une excellente chose de voir le jeu vidéo s’intéresser enfin à ses thématiques. Les résistances allemandes semblent + marquée par des initiatives individuelles, hors des partis politiques durement réprimés rapidement par le jeu : Le jeu est donc assez pertinent dans ce cadre. De plus, chaque semaine du jeu n s’ouvre par la lecture des actualités dans les journaux : Pédagogiquement, c’est plutôt bien : les évènements importants sont résumés en quelques lignes dans un vocabulaire relativement simples, ce qui les rend accessibles pour la plupart des joueurs, même si on peut s’interroger sur l’apprentissage effectif de ses nombreuses dates qui vont s’accumuler au cours des heures de jeu Plus que reproduire le passé, Through the darkest of times illustre plutôt la difficulté de le rendre jouable.

La mise en jeu des résistances allemandes entraîne sa dilution dans un ensemble unifié, ce qu’on avait finalement vu, mais d’une manière dans le JVH 5 sur la résistance française. Sauf que dans ce cas précis, les développeurs allemands ont une vraie volonté pédagogique et c’est là que ça peut poser problème. La volonté de rétablir un pan souvent oublié de l’histoire de son pays en le mettant en jeu porte en lui le risque de la magnifier.

Bibliographie complémentaire
KERSHAW, Ian. Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétation. Editions Gallimard, 2017.
KOEHN, Barbara. La résistance allemande contre Hitler, 1933-1945. Presses universitaires de France, 2003.